WAXOUL
Les mots qu’ils ne nous ont pas dit

Performance

Projet en cours

Waxoul est une performance née d’un dialogue entre un père et son fils : le peintre sénégalais Cheikh Tidiane Diagne et l’auteur et metteur en scène Lamine Diagne.

À partir d’une histoire familiale liée aux tirailleurs sénégalais, ils inventent ensemble un rituel contemporain pour approcher une mémoire restée incomplète — une histoire transmise par fragments, silences et survivances.

Sur scène, une grande toile devient territoire vivant.
Des archives apparaissent, disparaissent, se figent. La peinture surgit en direct, transformant les images du passé en gestes présents. La parole circule, mêlant récits intimes, mémoire historique et invocation des lignées.

Peu à peu, la toile se charge de traces.
La voix se dédouble.
Le temps se superpose.

Entre performance, peinture et cérémonie, le projet cherche moins à raconter l’histoire qu’à la ralentir — pour regarder ce qui demeure en nous, ce qui continue de parler malgré le silence.

Développée avec le soutien de la Haus der Kulturen der Welt à Berlin, cette création connaîtra une première étape publique le 21 mars 2026 dans le cadre de l’exposition Tirailleurs — Trials and Tribulations, avant de poursuivre son évolution entre théâtres, espaces d’exposition et lieux non dédiés.

Sans titre, 70x100cm

« Nous étions sur l’île de Gorée au large de Dakar : mon père, Kalidou mon petit frère qui n’a jamais quitté le Sénégal, et ma soeur que j’ai rencontrée alors que nous étions déjà des adultes, cette drôle de famille recomposée en train de boire et de manger face au port de Gorée. 

Mon père, ce taiseux qui ne lâche jamais rien quand je le presse de questions sur son enfance, son voyage et la vie parallèle qu’il a menée jusqu’à devenir le peintre qu’il est aujourd’hui, celui-là même, mon père (!) s’est soudain ouvert à ses enfants sur l’île du non-retour. Pendant deux heures, il nous a raconté. 

Je n’en avais jamais autant entendu. 

La douceur de cette soirée, la profondeur de notre écoute, la lumière tendre qu’il posait sur sa propre histoire et les ombres du passé, a fait naître en moi l’envie de convoquer mon père sur la scène, dans un espace où la parole et la peinture puissent dialoguer. 

Cet homme qui aborde la toile à coups de pinceaux, de feutres, parfois d’ongles, dont j’ai vu la peinture passer du chaos vers la lumière, dont les tableaux portent des titres inspirés par la justice et les enjeux de notre époque, je voulais lui offrir un espace de présence et de récit.

Ce soir-là, sur l’île de Gorée, est née l’envie de partager publiquement ce que nous avions enfin commencé à nous dire. »

Sans titre, 70x100cm
Sans titre, 70x100cm
Sans titre, 100x70cm
Sans titre, 70x100cm
Sans titre, 70x100cm
Sans titre, 70x80cm

Cheikh Tidiane DIAGNE

Peindre le monde depuis ses fractures

Né à Tivaouane, au Sénégal, Cheikh Tidiane Diagne appartient à cette génération d’artistes dont le parcours épouse les déplacements majeurs du monde contemporain. Formé hors des académies, nourri par l’expérience du voyage et par une observation constante des mutations sociales et politiques de son temps, il développe depuis plusieurs décennies une œuvre singulière, construite entre l’Afrique et l’Europe.

Installé depuis plus de trente ans à Francfort-sur-le-Main tout en maintenant une présence active à Dakar, Diagne inscrit son travail dans une géographie artistique transnationale. Cette double appartenance n’est ni une tension ni une nostalgie : elle constitue le moteur même de sa peinture. Son œuvre se déploie dans cet espace intermédiaire où les cultures ne s’opposent pas mais se recomposent.

Autodidacte, il s’est progressivement imposé par une recherche plastique indépendante des courants dominants, élaborant un langage pictural immédiatement identifiable. Ses tableaux refusent la perspective occidentale classique pour privilégier une organisation du plan fondée sur l’addition, la superposition et la coexistence des formes. La surface picturale devient un territoire actif — un champ de forces où signes, figures et structures dialoguent sans hiérarchie.

Ses compositions fonctionnent comme des cartographies sensibles.

Elles évoquent simultanément architectures urbaines, corps fragmentés, mémoires collectives et systèmes symboliques. Les formes semblent s’agréger, se heurter ou s’interpénétrer, rappelant les dynamiques complexes du monde globalisé. Rien n’y est stable : tout circule, se transforme, résiste.

La couleur, élément central de son travail, agit moins comme un effet esthétique que comme une énergie. Issue d’un usage combiné de l’huile, de l’acrylique et de la gouache, elle convoque autant les traditions textiles africaines que les langages abstraits modernes. Chez Diagne, la couleur pense. Elle relie les espaces, maintient les tensions, ouvre des passages entre abstraction et figuration.

Son œuvre peut être lue comme une méditation sur les transformations contemporaines : migrations, urbanisation accélérée, héritages coloniaux, fractures économiques, coexistence des spiritualités et violence silencieuse des systèmes modernes. Sans jamais illustrer le réel, la peinture en absorbe les vibrations profondes.

Les figures qui émergent de ses toiles — hybrides, parfois anthropomorphes, parfois architecturales — semblent porter la mémoire des sociétés traversées par l’histoire. Elles témoignent d’une conscience aiguë du monde, mais aussi d’une forme de sagesse patiente : celle d’un regard façonné par le temps, l’expérience et la distance critique.

Cette dimension confère à son travail une portée universelle.

Diagne ne revendique pas une identité figée ; il construit plutôt une pensée visuelle du passage. Ses peintures deviennent des lieux de négociation entre traditions et modernité, entre spiritualité et matérialité, entre Sud et Nord.

Présent dans de nombreuses expositions internationales depuis les années 1990 — en Allemagne, en France et au Sénégal, notamment dans le cadre de la Biennale de Dak’Art et du Festival Mondial des Arts Nègres   — son parcours témoigne d’une constance remarquable et d’une maturation artistique profonde.

Aujourd’hui, l’œuvre de Cheikh Tidiane Diagne apparaît avec une acuité renouvelée. À l’heure où la scène artistique contemporaine reconfigure ses récits et élargit ses géographies, son travail s’inscrit pleinement dans une lecture globale de l’art contemporain : celle d’artistes capables de penser le monde depuis ses marges actives plutôt que depuis ses centres établis.

Sa peinture ne cherche pas à expliquer le monde.
Elle en révèle les strates invisibles.
Elle propose une autre manière d’habiter le présent.